/ Rencontre avec Sandra NKAKÉ

Un concert d’elle et la vie est plus belle - Télérama

Sa justesse, sa maîtrise du souffle, la précision de son chant... - Le Monde
Voix extraordinaire, expérimentations en tous genre, elle arrive toujours à surprendre - France Info
Une voix incroyable - RFI
Des merveilles dont seule la voix de Sandra Nkaké est capable - Les Inrocks

Entière, authentique et généreuse, la chanteuse Sandra NKAKÉ est une bouffée d’air frais. Sa voix, puissante et fragile à la fois, prend sur scène une ampleur que le public reçoit comme un cadeau. Son spectacle [ELLES] souhaite faire partager des chansons écrites et composées par des femmes qui lui ont données la force d’être pleinement. Elle a réuni dans ce répertoire les chansons de compositrices inspirantes, qui ont participé à la construction de celle qu’elle est aujourd’hui : une femme libre et engagée.
Pour ce concert présenté aux Variétés, rue de Chelles, le 15 octobre 2022, elle a choisi d’être accompagnée en acoustique de sa simple guitare et de deux complices à la flûte traversière et au violoncelle.

Sandra, pouvez-vous vous présenter au public vairois qui ne vous connaîtrait pas encore ?
Je suis une artiste, chanteuse, musicienne, compositrice, cheffe de projet, animal, végétal (rires) en tout cas quelqu’un qui a eu la chance de rencontrer la musique et un espace d’expression qui me met en lien avec les autres, et ça c’est fabuleux.

Vous avez pourtant commencé au théâtre et au cinéma, comment êtes-vous arrivée à la chanson, à la musique ?
Je n’avais jamais envisagé que la scène, que ce soit le théâtre ou la musique, puisse être un espace de travail pour moi, même si j’écoutais beaucoup de musique et que je chantais tout le temps. J’avais imaginé qu’il fallait absolument passer par un cursus d’école, de conservatoire. Alors moi, je me suis inscrite à la Sorbonne en études littéraires. Je me destinais à devenir professeur d’anglais. En fait, ce sont les rencontres qui ont changé ma route.

Comment abordez-vous la scène ?
La première fois que j’ai été sur scène, c’était pour une pièce de théâtre. J’ai eu la sensation immédiate que j’étais chez moi, dans le sens où pour moi, c’était réellement un espace de vérité par rapport aux émotions, par rapport à ce qu’on a envie de transmettre. C’est vraiment un espace que j’aime et que j’aime de plus en plus. Plus je chante, plus j’aime ça. Je me sens d’ailleurs assez chanceuse de vivre ça et la scène me le rend bien.

Trois albums et un autre en cours de réalisation pour une sortie en 2023, une Victoire de la musique, c’est un parcours dont vous rêviez ?
Tout ce qui m’arrive, ce sont des cadeaux de la vie. Je ne me suis jamais fait de plan de carrière. J’ai d’ailleurs toujours eu du mal à me projeter très très loin. Donc les rencontres en amenant une autre, j’ai rencontré d’autres instruments, tout à coup je me suis mise à jouer de la basse, puis de la guitare… J’ai rencontré des musiciens et des musiciennes fabuleux qui m’ont permis d’emprunter des chemins différents et chaque nouvelle aventure est pour moi, à la fois une construction et une joie quand on voit son projet aboutir. Je me sens encore en apprentissage. Je me sens encore au début de quelque chose et je trouve ça assez merveilleux.

S’il fallait choisir : plutôt soul, funk ou jazz ?
Je pense que ce n’est pas moi qui choisis la case dans laquelle on va me mettre. En revanche, je sais que l’amour de la musique, des musiques, a commencé avant même que je puisse parler. J’ai eu la chance d’être élevée par des gens qui écoutaient beaucoup de musique, du classique, du jazz, de la chanson, beaucoup de folk aussi. Je pense que le jazz a été pour moi un espace d’expérimentation, d’exploration, d’improvisation assez fabuleux et qui, naturellement, m’a plu. Les festivals de jazz, ce sont les premiers qui m’ont programmée, qui m’ont fait confiance alors que je n’avais pas encore sorti d’album. On peut dire que le jazz a été le point de départ de mon travail, ce qui n’empêche pas des croisements avec de la musique classique ou de la chanson pure, ou de la soul ou de la folk. Toutes ces musiques se croisent et ce qui est important pour moi ce n’est pas tellement le style, la case qu’on a envie de mettre, mais plutôt ce qu’on a envie de défendre comme propos, comme énergie et comme spectacle.

Par conséquent, ça touche un plus large public…
Tout à fait. Je me dis que ce qui est important et ce pourquoi je fais de la musique, que ce soit mon espace d’expression, c’est parce que ça crée du lien. Et pour pouvoir créer du lien, il faut être dans un espace de vérité. Le mien, il englobe plein de styles parce que lorsque j’écris de la musique, je ne me pose pas la question de savoir dans quel style. J’ai plutôt envie de parler de tel sujet, j’imagine alors une mélodie, une orchestration et une énergie et de là, la musique se crée et non par rapport à une case spécifique.

La musique se greffe naturellement en fonction du message que vous souhaitez véhiculer en somme…
Bien sûr. Une fois qu’elle est faite, elle est écoutée, ressentie par d’autres qui, ensuite, vont la mettre dans la case qui correspond à ce que, eux, écoutent. Pour certains, mes chansons sont de la soul, pour d’autres du jazz, ou de la folk. En fait, je ne sais pas et je n’ai pas envie de savoir (rires).

Vous poussez même plus loin, car vous écrivez aussi bien en anglais et en français, pourquoi ce choix de proposer des textes dans les deux langues ?
C’est un choix naturel de par ma culture franco-camerounaise. Au Cameroun, on parle anglais et français. C’est vraiment l’histoire de ma vie, dans ma construction familiale, dans mon parcours d’études et dans ce que j’ai écouté. Je ne me suis pas mis un cahier des charges ou une feuille de route avec des obligations. Ce sont plutôt des envies, des sensations. Parfois, il y a plus de français, parfois il y en a moins. Dans mon prochain album, il y en aura plus.

Mais les mots ne sonnent pas pareil en anglais ou en français et on n’exprime pas la même chose …
Penser et écrire dans une langue a des spécificités, d’un point de vue du sens, de la grammaire, et de ce que ça va évoquer en nous, évidemment il y a des différences. Après, pour ce qui est de l’expression chantée, bien entendu, c’est complètement différent puisque ce sont des phonèmes qui n’ont rien à voir, ou qui résonnent autrement. Et c’est la même chose dans toutes les langues. J’ai déjà fait des spectacles en arménien, en yiddish, en espagnol, en gaélique écossais. Vous prenez la même mélodie dans ces quatre langues, et ça n’a rien voir. Mais c’est ça qui est intéressant de se dire : mais comment un même instrument peut avoir des variations très subtiles en fonction de la langue, de la mélodie, de l’orchestration qu’on va lui proposer.

À quoi peuvent s’attendre les Vairois comme spectacle ?
Ils peuvent s’attendre à quelque chose d’intime, puissant, sensible et doux. Quand je dis puissant, ça n’a pas un rapport avec la force. C’est en rapport avec la densité de l’émotion qui nous traverse quand on chante les chansons, quand nous jouons ensemble tous les trois. Puissant, comme une vibration forte.

On dit de vous que vous avez une voix incroyable aux multiples couleurs. C’est travaillé ou inné ?
C’est les deux. Je pense que je n’avais pas du tout conscience de mes capacités vocales et c’est parce que j’ai rencontré des gens que je me suis dit que j’allais la travailler, en l’écoutant et en la laissant s’exprimer le plus librement possible. Mais c’est du travail parce qu’un instrument que l’on ne travaille pas, qu’on laisse dans sa housse, il dépérit. Je vous rassure, c’est du travail joyeux, qui me remplit, qui me fait grandir continuellement. Apprendre à apprivoiser ce timbre et ses multiples facettes parce qu’en fonction de l’endroit où je vais chanter dans ma voix, que ce soit dans les graves ou dans les aigus, ce n’est pas exactement le même son mais ça reste moi. Et l’idée c’est ça. Au fur et à mesure du parcours, faire que chaque étape soit la « moi » que je suis au moment où je suis en train de le faire.

Quel est le plus grand défi à chaque fois dans la réalisation de vos albums ?
Comme je le disais, être dans la justesse de ce que je suis au moment où je suis en train de le faire et ne pas être dans une posture, de vouloir essayer d’être quelqu’un d’autre. Modestement, plus j’avance, plus je me rapproche de qui je suis sans me juger et sans me freiner. C’est merveilleux car j’ai l’impression d’être au début et c’est wow ! Il y a encore une belle route devant moi.

Votre plus belle rencontre professionnelle ?
J’espère que je ne l’ai pas encore faite. Toutes les rencontres que j’ai faites sont précieuses parce qu’elles sont douces, elles sont bienveillantes. Elles sont aussi généreuses. Je suis très chanceuse.

Quels sont vos projets ?
La tournée de notre trio [ELLES]. Après deux ans, ça nous fait du bien, mais ça fait du bien aussi aux gens, notamment sur ce spectacle où il n’y a que des chansons composées par des femmes. C’est un spectacle acoustique amplifié où on ressent une vraie sensibilité qui je crois arrive au bon moment pour tout le monde. À travers [ELLES], j’avais envie de remercier en musique toutes ces femmes qu’elles soient musiciennes, compositrices, productrices qui ont accompagné notre chemin de vie.

CHANSON l Durée : 1 h 15 l Tout public l Tarif plein : 15 € – Tarif réduit : 12 € - Billets en vente au Centre des arts et loisirs (31-33, avenue Jean-Jaurès)

Article mis à jour le 22 septembre 2022